(Rouen, Journée du Patrimoine, 2001)
Flaubert et Maupassant au fil de la SeineFlaubert amarré dans sa maison blanche de Croisset, Maupassant canotier dans les boucles en Aval de Paris : les deux écrivains ont un lien privilégié avec la Seine. C'est elle qui, bien évidemment, organise les descriptions de Rouen en deux rives opposées dans
Madame Bovary et dans la nouvelle "Un normand"
*. Mis à part quelques baignades, Flaubert la contemple en sédentaire des fenêtres de son bureau, alors que Maupassant entretien avec elle un rapport plus actif de navigateur : en juillet 1875, il envisage de faire un petit livre en réunissant des scènes de canotage. Les nouvelles "Sur l'eau"
* et "Mouche"
* témoignent de cette "absorbante passion" pour le fleuve. Remonter ou descendre la Seine n'a pas seulement une signification géographique ; ces mouvements d'aller-retour prennent un sens social, à une époque où il fallait "monter" de sa province vers Paris pour réussir dans la carrière artistique.
L'Éducation sentimentale commence ainsi sur un bateau. Frédéric Moreau, venant du Havre, retourne à Nogent, sa ville maternelle, en laissant derrière lui la capitale rêvée où il reviendra après un héritage. Maupassant, parisien d'adoption, reste à l'inverse tourné vers l'ouest. Dans une chronique intitulée "De Paris à Rouen", il raconte par le détail une descente à la rame. Tous les chemins d'eau semblent mener le disciple à la maison du maître : le début du
Horla reconduit sur les bords de "la grande et large Seine", à Croisset.
La lecture de ces extraits est entrecoupée de citations tirées de la correspondance de Flaubert, qui multiplie les références au fleuve, comme une image du style. Le fil de l'eau devient le fil de la plume.
Yvan Leclerc
* Maupassant :
"Un normand", Les contes de la bécasse
"Sur l'eau", La Maison Tellier
"Mouche", L'inutile beauté