Dans nos péniches" Beaucoup de gens se figurent que marinier
C'est vraiment un chic métier
Qu'y a qu'à se laisser glisser en douce
Sans rien faire sur canaux et rivières ;
Que c'est la vie rêvée sans soucis ni tourments,
Qu'on a tout le temps que de l'agrément ;
Que le soir près de sa petite femme,
On rigole, on se fout de tout.
Dans nos péniches, mesdames messieurs,
On n'est pas si riche, ni très heureux ;
Du petit jour à la tombée de la nuit,
À l'aviron nous poussons sans répit.
On mange tout debout et pour se faire la fiole,
Si le tracteur manque, on tire à la bricole ;
Mais on se plaint pas, on est des matelots,
Tout ce qu'on demande, c'est du boulot.
Nous les femmes on étouffe, on grelotte,
Il nous faut faire le pilote,
Bouter les coups d'hôtieux, ramasser les cordages,
Éviter les abordages ;
Surveiller les mômes, la lessive, le fricot,
Le gouvernail et la marmaille ;
Débarquer en voltige, courir au Familio,
Puis en vitesse regagner le bateau.
Qu'un copain à l'avant sur les veules
Avec son voisin s'engueule, l'appelant "sale flalm",
"berrichon", "gars du Nord",
Même qu'il aille encore plus fort,
Faut pas faire attention car sans plus de manières
Près de l'écluse on fait des excuses ;
Nos deux braves mariniers tout comme deux vieux frères
Iront boire une chope de bière ! "
Source : Chasse-Marée - "Mariniers" (Histoire et mémoire de la batellerie artisanale - tome II).